Conçu depuis l’eau

09/07/2026

Concevoir pour la mer, avec le regard d’un ingénieur qui la connaît. Conversation avec Kevin Stopp, Design Leader — Développement Produit Mécanique, Dometic Marine

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Il y a un avantage particulier à être concepteur mécanique et à aimer réellement passer du temps sur l’eau. Lorsque je travaille sur un problème de conception, que je choisisse des matériaux ou que je réfléchisse au comportement d’un composant, je m’imagine à bord d’un bateau dans des conditions difficiles. Je sais ce que l’on ressent lorsqu’un bateau commence à rouler, et l’inconfort très précis que provoque le fait d’essayer de travailler, de naviguer ou même de se détendre sur une plateforme qui ne reste jamais totalement stable. Cette perspective influence les décisions que je prends.

Je travaille chez Dometic depuis près de dix ans, sur différents systèmes électromécaniques et dans plusieurs fonctions de développement produit. Le stabilisateur gyroscopique DG3 se distingue comme le projet le plus exigeant sur le plan technique, et le plus marquant personnellement, sur lequel j’ai travaillé. The Voyage, notre film de campagne, raconte son développement vu de l’extérieur. Voici mon point de vue de l’intérieur.

Lorsque je travaille sur un problème de conception, je m’imagine à bord d’un bateau dans des conditions qui le mettent réellement à l’épreuve. Cette perspective influence les décisions que je prends.

Le génie mécanique en environnement marin est une discipline à part entière

Les personnes qui n’ont jamais travaillé dans l’ingénierie marine peuvent sous-estimer à quel point cet environnement est exigeant. Il réunit l’eau salée corrosive, les vibrations constantes, l’exposition aux produits chimiques et de fortes variations de température. Même sur un petit bateau de plaisance, dans des conditions modérées, les forces qui s’exercent sur un bateau en mouvement sont complexes et moins tolérantes que sur la plupart des systèmes terrestres.

Concrètement, cela signifie que chaque choix de matériau, chaque fixation et chaque joint doivent être évalués non seulement selon leurs performances dans des conditions idéales, mais aussi selon leur capacité à résister, pendant des années, à un environnement qui agit en permanence contre eux. En environnement marin, on conçoit pour les conditions les plus difficiles. Cela signifie aussi sortir du laboratoire, aller sur le terrain et continuer à tester jusqu’à avoir confiance dans le résultat.

C’est un point qui me tient particulièrement à cœur. La modélisation informatique et l’analyse par éléments finis sont précieuses, et nous les utilisons largement chez Dometic. En même temps, aucun modèle ne peut reproduire entièrement tout ce que l’océan apporte. Rien ne remplace le fait d’installer un produit physique sur un bateau, en conditions réelles, et d’observer son comportement. Avec un système comme le Dometic Gyro, où l’interaction entre l’unité, la coque et l’état de la mer est réellement complexe, les essais en conditions réelles ne sont pas simplement une étape finale. Ils font partie intégrante de la manière dont nous développons et affinons le produit.

Un exemple, au cours du développement, a été la compréhension de la charge supplémentaire imposée au système lors des virages et des manœuvres exigeantes. Les essais en conditions réelles nous ont permis de mieux comprendre l’influence du mouvement de lacet sur les charges du système. Cette analyse nous a aidés à affiner la réponse du gyroscope afin qu’il contribue à la stabilité sans s’opposer au ressenti naturel du bateau lorsqu’il s’incline dans un virage.

L’océan est l’environnement de test le plus honnête dans lequel on puisse travailler. Il ne retient rien.

Ce que fait réellement la stabilisation gyroscopique, et pourquoi c’est important

Il est utile de prendre un peu de recul pour expliquer ce que nous cherchions à résoudre. Toute personne qui a passé du temps sur l’eau le reconnaîtra immédiatement, même sans y avoir déjà réfléchi en termes techniques.

Pour la plupart des plaisanciers, passer du temps sur l’eau en dehors de conditions parfaitement calmes s’accompagne d’un certain inconfort, souvent accepté comme faisant partie de l’expérience. Il y a le mouvement de roulis, et l’effort physique constant nécessaire pour s’adapter à une plateforme qui ne se stabilise jamais tout à fait. Pour les familles, les plaisanciers plus âgés ou toute personne qui n’a pas particulièrement le pied marin, c’est souvent ce qui limite la durée d’une sortie. Ce ne sont pas toujours la météo, la distance ou le carburant qui font rentrer plus tôt. Le plus souvent, c’est le confort. À un moment donné, l’expérience commence à ressembler à un effort plutôt qu’à un plaisir.

Rendre un bateau véritablement confortable en mer ouverte impliquait de répondre à un ensemble très précis de défis d’ingénierie. C’est là que le vrai travail a commencé. En équipe, nous revenions sans cesse à une idée simple : personne ne devrait devoir écourter une journée parce que le bateau lui-même devient fatigant.

Lorsque le fait d’être sur l’eau commence à ressembler à un effort plutôt qu’à un plaisir, il manque quelque chose. C’est cela que nous avons voulu changer.

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La physique est la partie la plus simple

La stabilisation gyroscopique n’est ni nouvelle ni mystérieuse. À la base, elle repose sur une physique bien connue. Un volant d’inertie de précision tourne à grande vitesse dans un boîtier étanche, générant un couple qui contrecarre le mouvement de roulis du bateau. Lorsque nous avons commencé le développement, la science sous-jacente était déjà un domaine dans lequel nous avions confiance.

Ce qui s’est révélé plus exigeant, c’est de transformer ce principe en un produit fiable dans le monde réel. Il fallait obtenir un système pouvant être installé sur un bateau et utilisé sans que l’utilisateur ait besoin de comprendre l’ingénierie qui se cache derrière. Il devait aussi fonctionner de manière constante pendant des années d’exposition à l’environnement marin, sans maintenance importante.

C’est dans ce passage de la théorie au produit que se concentre l’effort d’ingénierie. C’est là que se font les choix de matériaux, que se résout la gestion thermique, que le bruit et les vibrations sont affinés et que le système est intégré à l’architecture électrique du bateau. Aucun de ces défis n’existe isolément. Chaque décision influence les autres.

D’un point de vue mécanique, l’un des domaines les plus exigeants a été le système de volant d’inertie. Il fallait atteindre un très haut niveau de précision dans la fabrication et l’équilibrage du volant afin d’éviter la transmission de vibrations indésirables à la coque. En parallèle, le système de roulements a été conçu pour fonctionner silencieusement et efficacement, afin de ne pas devenir quelque chose que l’utilisateur remarque en fonctionnement.

Un autre axe essentiel a été la précession électrique. Nous avons pu nous appuyer sur notre expérience en direction électrique et adapter une technologie éprouvée pour répondre aux charges plus élevées, aux vitesses supérieures et au cycle de fonctionnement plus exigeant de cette application. Cela nous a poussés à prolonger le travail mené au fil des années, en particulier dans l’ingénierie des matériaux, afin d’obtenir une performance fiable dans cette application.

Faire fonctionner tous ces systèmes ensemble, selon un niveau d’exigence dans lequel nous avions confiance, a pris du temps. Le produit fini en est le reflet.

La théorie est la partie la plus simple. Concevoir un produit qui fonctionne jour après jour sur l’eau, c’est là que commence la vraie ingénierie.

Ce que le temps passé sur l’eau change

Passer du temps sur l’eau, et l’apprécier réellement en dehors du travail, me donne une perception plus claire de ce que l’expérience finale doit procurer. Cette intuition est difficile à tirer d’un simple cahier des charges. Elle vient du fait d’avoir été sur l’eau.

Je passe la majeure partie de mon temps sur l’eau en bateau à moteur et à pêcher le saumon, souvent à la traîne dans des conditions loin d’être calmes. Je peux penser à de nombreux moments en mer de travers où l’on essaie de gérer l’équipement, de mettre les lignes à l’eau ou de saisir un poisson à l’épuisette, tout en corrigeant constamment ses appuis sans même s’en rendre compte. C’est généralement dans ces conditions qu’une personne à bord commence à le ressentir, et que la conversation s’oriente vers un retour plus tôt que prévu. Ces expériences restent en mémoire.

Lorsque nous affinions les performances du DG3, j’avais un point de référence clair pour ce que nous cherchions à obtenir. Ce n’était pas seulement un objectif inscrit sur une page, mais une idée précise de ce que l’on doit ressentir à bord d’un bateau qui reste calme et posé dans des conditions normalement inconfortables. Cette sensation de stabilité, et la confiance qui l’accompagne, est ce vers quoi nous travaillions.

Je savais aussi que des améliorations comme la précession active, une consommation électrique plus faible et une montée en régime plus rapide feraient une vraie différence dans l’utilisation quotidienne du système. Ces détails peuvent sembler progressifs, mais sur l’eau, ils changent l’expérience de manière significative.

Grandir avec ce métier

Au fil de mon parcours chez Dometic, j’ai occupé plusieurs fonctions et, à bien des égards, le projet DG3 reflète cette progression. Au début de ma carrière, mon champ d’action était plus limité. Je travaillais sur un composant précis, un système unique ou un problème technique bien défini. Être responsable du développement mécanique d’un produit comme le DG3 signifie prendre du recul et adopter une vision beaucoup plus large. Il faut comprendre comment le système mécanique interagit avec l’architecture électrique, logicielle et de contrôle, comment les contraintes d’installation définissent ce qui est possible, et comment la facilité d’entretien sur le terrain influence des décisions prises bien plus tôt dans le processus.

Cette perspective plus large se développe avec le temps. C’est aussi quelque chose que Dometic a encouragé en donnant aux personnes la possibilité de relever des défis plus complexes lorsqu’elles y sont prêtes. J’en suis reconnaissant. Le DG3 reflète l’expérience et la collaboration de l’équipe qui l’a concrétisé.

Je tiens à saluer toute l’équipe de développement qui a rendu le DG3 possible. Cela a demandé les efforts combinés de nombreuses personnes. Je dois aussi beaucoup aux mentors que j’ai eus au fil du parcours, ainsi qu’aux collègues qui m’ont mis au défi, soutenu et aidé à développer la perspective nécessaire pour mener un projet de ce niveau.

Pourquoi The Voyage compte pour moi

Lorsque le concept de campagne a été présenté pour la première fois, l’idée d’aller au-delà du produit, d’entrer dans l’environnement d’ingénierie et de laisser les personnes qui ont construit le DG3 raconter son histoire m’a semblé évidente. Elle m’a semblé attendue depuis longtemps.

L’industrie marine a traditionnellement communiqué à travers les données : chiffres de performance, plages de fonctionnement et poids. Ces détails comptent, et ils font partie de l’évaluation des produits. Mais ils ne montrent pas ce qu’il faut pour parvenir à ces chiffres. Ils ne reflètent ni les itérations, ni les essais qui vous ramènent à la conception, ni les conversations qui se poursuivent en fin de journée lorsqu’une équipe tente de résoudre un problème. Ils ne montrent pas le moment où quelque chose qui restait sans solution finit enfin par s’assembler.

The Voyage commence à montrer une partie de cela. Le réalisateur Kitalé Wilson et l’équipe d’East Cherry ont trouvé une manière de représenter ce à quoi ressemble réellement le développement en ingénierie, et ce qu’il fait ressentir. Les espaces de production, les détails techniques, les personnes qui travaillent sur des problèmes dans des environnements qui ne sont pas conçus pour être vus, mais où le produit prend véritablement forme. En le regardant, j’ai reconnu cette expérience. Ce n’est pas quelque chose que l’on ressent souvent lorsque son travail est reflété dans le marketing.

Cela rejoint aussi quelque chose auquel je crois concernant l’évolution de l’industrie. Les clients, et les professionnels qui les accompagnent, s’intéressent de plus en plus à l’histoire qui se cache derrière les produits qu’ils choisissent. Pas seulement à ce qu’un produit fait, mais à la manière dont il a vu le jour et aux personnes qui ont participé à sa création. The Voyage est une façon, pour Dometic Marine, d’ouvrir un peu cette perspective. J’espère que ce sera le début d’autres histoires de ce type.

Le chemin vers l’innovation n’est pas toujours une mer calme. Il y a des revers, des compromis et de longues périodes où les progrès sont progressifs. Pour avoir pris part à ce processus avec le DG3, et pour avoir aussi ressenti le résultat sur l’eau, je peux le dire avec confiance : le voyage en vaut la peine.

Director - Kitale Wilson https://www.instagram.com/kitalewilson/?hl=en (opens in new tab)
Producer- Austin Johnson https://www.instagram.com/austinrayfilm/?hl=en (opens in new tab)
Production House - eastcherry https://www.eastcherry.co/ (opens in new tab)
Executive Producers- Callum Gunn, Hank Hill https://www.instagram.com/eastcherry/?hl=en (opens in new tab)